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Voiture volante Tesla

Voiture volante Tesla : mais à quoi ça sert vraiment ?

Gamin des années 80, j’ai usé la VHS de Retour vers le futur 2 jusqu’à la corde. Dans ma tête de petit Breton, c’était acté : en 2015, on irait tous à l’école en DeLorean volante, avec des baskets qui se lacent toutes seules. 2015 est passé, ma voiture roule toujours au ras du bitume, et je fais encore mes lacets moi-même.

Et puis jeudi soir, Elon Musk a sorti son nouveau Roadster. J’ai regardé les vidéos trois fois, les yeux grands ouverts. Mais une fois l’effet « waouh » retombé, une question m’a trotté dans la tête : mais concrètement, à quoi ça sert ?

Le sommaire de cet article :

Voiture volante Tesla : ce qui s’est vraiment passé au Texas

Petit rappel des faits, parce que tout est allé très vite. Lors d’un événement près de Waco, au Texas, à côté du site d’essais de SpaceX à McGregor, la voiture a utilisé un mélange de ventilateurs et de propulseurs à gaz froid pour grimper une rampe incurvée jusqu’à se retrouver à l’envers, puis s’est élancée, s’est retournée et a atterri sur le bitume. Musk a lâché un sobre « Flying cars are real ».

Le spectacle ne s’est pas arrêté là : le Roadster a aussi survolé en mouvement un Cybercab, un Cybertruck, un Tesla Semi, un Model Y et un Model 3.

Il faut quand même préciser ce qu’il y a dans la boîte. Tesla propose trois versions :

  • Performance : prête pour la route, deux places, avec aérodynamique active et système d’aspiration, et un 0 à 100 km/h annoncé sous les 1,6 seconde.
  • Thrust : pensée pour la piste, deux places, avec des propulseurs à gaz froid à l’arrière pour descendre sous les 0,9 seconde.
  • Rocket : présentée comme prête pour les airs, une seule place, avec des propulseurs répartis autour du véhicule pour accélérer vers l’avant, vers le haut et pivoter latéralement.

Côté porte-monnaie, Tesla a rouvert des réservations à 50 000 dollars, avec une production prévue à la Giga Texas en 2027 ou 2028. Pour info, les prix annoncés en 2017 étaient de 200 000 dollars pour la version de base et 250 000 pour la Founders Series. Autant dire qu’on n’est pas sur la citadine familiale.

Et soyons honnêtes : ce n’est pas encore « voler » au sens où l’entendait Doc Brown. On parle de sauts, de vol stationnaire, de figures. Impressionnant, oui. Un moyen de transport aérien, pas encore.

Est-ce que ça répond à un vrai besoin ?

C’est là que ça se corse. Quand je regarde autour de moi, les vrais problèmes de mobilité, ce sont les bouchons à l’entrée des villes, les campagnes sans bus, le prix du carburant, les ados qui ne peuvent pas aller au lycée sans un parent taxi. Je ne vois pas bien comment une voiture monoplace à plusieurs centaines de milliers de dollars règle l’un de ces sujets.

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Le plus savoureux, c’est que Musk lui-même ne prétend pas le contraire. Il assume que c’est un produit vitrine : il a dit ne pas être sûr que ça change grand-chose au chiffre d’affaires, et a prévenu que ceux dont la priorité est la sécurité ne devraient pas l’acheter. Dans l’industrie, on appelle ça un « halo car » : un produit conçu pour faire briller la marque, pas pour vendre en volume.

Donc non, le Roadster volant ne répond pas à un besoin. Il répond à un désir. C’est différent, et ce n’est pas forcément illégitime : une Ferrari non plus ne répond à aucun besoin. Mais personne n’a vendu la Ferrari comme l’avenir du transport.

Quel permis pour une voiture volante, et est-ce seulement légal ?

Alors là, accrochez-vous. Même Tesla est prudent : la marque indique elle-même que la voiture n’est pas homologuée pour la route, et que la version Rocket n’est pas disponible dans toutes les régions. Les essais ne rassurent pas non plus : avant la démo, plusieurs médias rapportaient que le véhicule devait s’élever sans conducteur et que les spectateurs devaient rester à plusieurs centaines de mètres à cause du risque pour leur audition.

Et en Europe ? Pour se faire une idée, il suffit de regarder le cas de la PAL-V Liberty, une voiture volante néerlandaise bien plus « sage ». Un permis de conduire classique suffit pour rouler, mais il faut une licence de pilote pour la faire voler. Et pas question de décoller depuis sa place de parking : décollages et atterrissages doivent se faire depuis un aérodrome, avec une licence de pilote privé ou ULM. Même pour ce modèle, l’homologation aérienne est un marathon : l’agence européenne de la sécurité aérienne vient seulement d’autoriser PAL-V à produire son engin, en vue d’une mise en service d’ici 2028.

En toute logique, un véhicule qui quitte le sol bascule dans le monde de l’aviation, avec ses règles, ses espaces aériens contrôlés et ses formations. À ma connaissance, rien aujourd’hui ne permettrait de faire sauter un Roadster par-dessus un bouchon sur la rocade de Lorient sans finir au tribunal (ou à l’hôpital). Pour faire voler un Roadster Rocket en France, il faudrait un cadre qui n’existe pas encore.

Les bons et les mauvais usages possibles

J’ai essayé de jouer le jeu honnêtement, en imaginant tout ce qu’on pourrait faire avec ce genre de technologie.

✅ Les usages qui pourraient avoir du sens :

  • Le sport automobile et le spectacle : c’est clairement le terrain naturel du Roadster. Courses, shows, cascades, cinéma… Là, le « inutile » devient un divertissement, et c’est très bien comme ça.
  • Le laboratoire technologique : les systèmes d’aspiration, la stabilisation par micro-propulseurs, les matériaux légers peuvent un jour profiter à des voitures normales, à des drones ou à la sécurité routière.
  • Le secours en zone difficile : franchir un obstacle, une route coupée, un éboulement. Sur le papier, un véhicule capable de « sauter » a un intérêt pour les urgences, à condition que ce soit fiable et encadré.
  • L’inspiration : voir un rêve d’enfance devenir réel donne envie à des gamins de faire des études d’ingénieur. Ça, ça n’a pas de prix.
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😱 Les usages qui m’inquiètent :

  • Le jouet ultra-luxe pour milliardaires : une machine dangereuse réservée à quelques-uns, qui fait du bruit et des risques pour tous les autres.
  • La sécurité publique : un engin capable de survoler d’autres voitures en ville, c’est aussi un engin capable de tomber dessus.
  • Le bruit et les nuisances : des propulseurs assez puissants pour inquiéter les organisateurs sur l’audition du public, je ne les vois pas débarquer dans un quartier résidentiel.
  • L’écran de fumée : faire rêver avec une voiture qui vole pendant que les vrais chantiers (transports publics, batteries recyclables, mobilité rurale) avancent à petits pas.
  • L’effet bourse : quand une simple rumeur de démo fait monter une action, on peut se demander si le produit sert à rouler ou à faire parler.

Faut-il suivre nos rêves de science-fiction ?

C’est là que le débat devient vraiment intéressant. D’un côté, j’ai envie de dire : arrêtons de jouer, réglons les problèmes du quotidien d’abord. On n’a pas besoin de voitures volantes, on a besoin de trains qui passent à l’heure, de bus dans les villages et de véhicules les moins polluant possible.

Mais de l’autre, l’histoire est pleine de « rêves inutiles » qui ont fini par changer nos vies. La course à l’espace paraissait un caprice de grandes puissances, et on lui doit en partie les satellites qui font marcher la météo et la géolocalisation de nos téléphones. Les premiers ordinateurs personnels étaient des jouets de passionnés.

Je crois que la vraie question n’est pas « rêve ou réalité », mais qui paye, qui en profite et qui en subit les risques. Qu’un industriel dépense son argent pour faire voler une voiture, très bien. Que cela détourne l’attention, l’argent public ou les talents des vrais problèmes, c’est autre chose. Le rêve devient utile quand il finit par redescendre sur terre, au sens propre, dans nos vies de tous les jours.

Et vous, vous en pensez quoi ? Est-ce qu’on doit encourager ces paris fous qui font avancer la technologie, ou est-ce qu’on mérite mieux qu’une voiture volante à 50 000 dollars d’acompte quand on attend encore son bus sous la pluie ? Je vous attends dans les commentaires, et promis, je ne viendrai pas en Roadster.

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